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De l’art et de la pratique de la micro-sieste …
SEPTEMBRE 2015

De l’art et de la pratique de la micro-sieste …

D’aussi loin que je me souvienne, les Vosges, 1992, un sac à dos chargé à 25kg, une tenue vert kaki, une paire de rangers aux pieds, une semaine de formation commando. Etait-ce une micro-sieste ou un simple état de subconscience ? Bref, plusieurs jours à crapahuter la nature, une marche de nuit, tu attrapes la sangle du sac à dos du biffin qui te précède et tu fermes les yeux. Tu fermes les yeux, mais tu continues de marcher.

2011, Triple Iron Virginia. 43h47mn dont 15minutes de sieste véritable. Celle où tu décides de tomber par terre, là, sans confort, sur le sol nu en plein milieu d’un triple marathon. Les paupières se ferment après 30 heures de course. Tu as pris la précaution de prévenir la direction de course, de demander à tes équipiers de te réveiller après 10 minutes. 10 minutes, on te secoue. Tu émerges. Tu redemandes 5 minutes, on te secoue de nouveau et tu repars. Les premiers pas sont hésitants, tu es encore dans la brume, mais petit à petit les sensations et les forces reviennent. Tu es reparti.

Juin 2012. Double Enduroman UK. 25h 59mn dont 10 minutes de sieste. Je suis leader de course. J’ai posé le vélo avec plus d’une heure d’avance sur le second. Les tours en course à pied s’enchainent à un bon 10 km/h de moyenne, mais après 60 kilomètres je ressens la fatigue. La moyenne tombe. Steve Harvey me reprend des minutes à chaque tour. Les calculs sont faits, à nos rythmes respectifs, je terminerai second. Poker. Leader de course, je décide d’une micro-sieste. Interrogations dans l’organisation. Je sais que Steve va me doubler. Qu’importe, sans micro-sieste, le résultat serait le même. 10 minutes de repos intense. Les bruits autour du check point m’indisposent mais s’évanouissent peu à peu. Alan McPherson mon équipier me réveille. Je repars de plus belle. Les dynamiques s’inversent, Steve ralentit le rythme de plus en plus. Il est à la peine. De chassé, je suis devenu chasseur. Mon rythme forcit. Je reprends la main. Je redeviens maitre du jeu. Encore 10 kilomètres à parcourir. Je double Steve. Je termine les derniers tours de mon double marathon à 12-13 km/h et je franchis la ligne avec 10 minutes d’avance.

48 heures de course à pied sur tapis. Le défi idiot. Un combat à distance entre Steve Harvey et Glenn Hatrick en Angleterre, Yves Beauchamp au Québec, Wayne Kurtz aux Etats-Unis. Autre stratégie. Des arrêts de 30 minutes programmés toutes les 8 heures pour une pause repas et une micro- sieste. Je ne trouve pas le sommeil lors de la première pause à 18h00, mais je me relaxe. 2 heures du matin, 10 heures, 18 heures … Bilan : 2 heures de sommeil en 48 heures.

La plus désastreuse, lors du triple Enduroman UK 2015 ou l’on me pousse à continuer alors que mon corps me le refuse. Bilan, un tour de vélo à 12 km/h (moins vite tu tombes) et un arrêt de plusieurs heures nécessaires ensuite et un Did Not Finish à la fin.

2014, le X Challenge. 21 jours pour 76 kilomètres de natation, 3.600 kilomètres de vélo et 270 km de course à pied. Une moyenne de deux heures de sommeil par 24 heures et généralement une ou deux micro-siestes dans la journée. La plus ridicule sera certainement celle sur le ponton du Lac de Genval pendant mon épreuve de natation, allongé comme un gros phoque au soleil dans une combinaison néoprène, la plus rigolote celle près d’un conteneur à verre réveillé par un papy à bretelles en forme de X (X Challenge), les habituelles sur la grand place d’Ophain, les impromptues dans l’herbe sur le bord d’une route, les humides sous la pluie …

Juin 2015 : la traversée de la Manche. Là j’avoue, c’est plus difficile. Je ferme les yeux en continuant de tourner les bras. Une minute, deux minutes, tout en gardant le réflexe de respirer tous les deux temps. Relaxation et somnolence …

Bref, du grand art, un peu de pratique et la reconnaissance des signaux acquis par l’expérience. La morale ? Apprendre à se connaître, pratiquer, accepter de perdre quelques minutes pour ne pas perdre quelques heures et s’entourer d’équipiers correctement briefés afin d’éviter que ce sommeil flash ne se transforme en véritable nuit de sommeil.

Pour en savoir un peu plus, le témoignage d’un des Grands Maîtres de la discipline : Pierre-Michaël Micaletti (http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-l-art-de-la-sieste_1050171.html).

 

 

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