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Double Ultra Triathlon, Neulengbach
MAI 2013

C'est avec une confiance relative que j'abordais ces championnats du monde. Avec 139 km de natation, 4.500 km de vélo et 1.200 km de course à pied parcourus à l'entraînement depuis le début de l'année, je m'estimais relativement prêt pour aborder l'épreuve. Certes je ne visais pas spécialement un podium car je savais que la concurrence serait présente et certainement préparée pour certains leur seule course de l'année. Pour moi, ce titre de champion du monde n'était d'ailleurs pas un objectif en lui-même car j'inscris ma saison dans la durée avec mes 5 courses au challenge IUTA et un Déca Iron à la fin de la saison. Le "More than 20 Iron tour" comme l'un de mes amis l'a nommé.

Les dernières semaines de préparation avaient certes dues être réadaptées avec mon challenge imprévu de 48 heures de course à pied sur tapis et quelques déplacements professionnels à l'étranger. De nouveau, je partais avec un équipier support de choc, mon masseur Marc d'Herde, accessoirement entraîneur d'athlétisme en fond et ultra-fond. 1.200 km parcourus en voiture, hébergement en pension familiale, installation de la tente support, cérémonie d'ouverture et pasta-party avant de se présenter le samedi matin au départ natation.

Un superbe bassin inox extérieur de 50m qui donnait à l'eau des reflets de "Grand Bleu" mais surtout une eau pure non traitée au chlore. Un vrai bonheur … Nouvelle combinaison natation, j'avais en effet remisé mon ancienne combinaison de "débutant". Son trop important "indice de flottaison" me provoquait en effet une sorte de lordose très gênante sur la durée. Je suis placé dans la ligne la plus rapide avec mes 2h10 prévus. Nous sommes 7. Les meilleurs nageurs de la ligne ont des temps estimés à 1h55, de quoi prendre leur sillage pour quelques longueurs. Le départ est donné. Aucun frottement car nous nous sommes arrangés à l'avance sur l'ordre de départ: les nageurs les plus rapides devant. C'est donc un beau petit train de nageurs qui s'organise dès cette première longueur dans notre couloir. Les virages se passent bien, les nageurs sont expérimentés et disciplinés. Je pars sur un rythme un peu élevé comme à chaque course. Marc prend régulièrement les temps. Sa consigne est claire: vérifier que le rythme ne faiblisse pas excessivement afin d'assurer l'objectif de 2h10. De nombreuses longueurs à 1'30 avant que le rythme fléchisse. Quelques arrêts ravitaillement réguliers (principalement des gels ETIXX) me permettent de vérifier que je reste globalement dans le rythme. Le premier Iron est franchi en 1h02, sans forcer. Je double parfois, je me fais doubler de temps en temps et essaie de profiter au maximum de l'effet drafting quand l'occasion m'en est donnée. La cadence fléchit un peu pour le deuxième Iron mais je reste dans une zone d'effort de confort. Pas la peine de se mettre dans le rouge, la journée est longue. Je reste concentré sur ma nage, je cherche l'amplitude, je cherche les meilleurs appuis, je me concentre sur le gainage et mes virages. Il reste facile de perdre sa déconcentration sur 152 longueurs … L'objectif reste encore et toujours d'économiser des Watts.

2h11, fin de l'échauffement. Je m'extirpe de l'eau, prends le temps de me réadapter à la position verticale avant de trottiner vers la zone de transition vélo. 3 minutes plus tard c'est reparti. La véritable course peut enfin commencer … 6 athlètes à aller chercher devant. Mon vélo est maintenant équipé d'un capteur de vitesse, d'un capteur de fréquence de pédalage. Je n'ai toujours pas reçu de proposition sponsoring intéressante pour un véritable capteur de puissance et je n'utilise pas de cardio-fréquencemètre. Suffisant pour contrôler ses paramètres de course en théorie. En théorie seulement, car le système de transmission sans fil c'est génial, c'est joli, mais il doit y avoir quelques interférences car rien ne s'affiche au compteur. Tant pis, ce sera à "l'ancienne", aux sensations, ce qui après tout me satisfait peut être encore le mieux. 37 aller-retour de près de 10km, avec un léger faux-plat montant et un léger vent de face sur l'aller et donc des conditions beaucoup plus favorables au retour. Je roule aux sensations. Je m'économise au maximum à l'aller en me concentrant au maximum sur une position aérodynamique économique et je profite des meilleures conditions sur le retour. Record personnel établi sur ce parcours avec une moyenne de 32.8 km/h (10h 58mn 32s) et quelques tours à près de 40km/h. Je double mes concurrents directs, dépasse les attardés, j'avance … Je m'attarde parfois un peu pour échanger quelques mots au passage avant de repartir de plus belle. Je gère, je tourne les jambes, j'évite le lactique. Kamil Suran que je ne connais que trop bien ne semble pas au meilleur de sa forme. Je remarque par contre deux coureurs pour lesquels nos positions n'évoluent pas au fur et à mesure des tours: Richard Widmer (10h 53mn 42s) et Werner Steiner (10h 58mn 28s). Je les observe. Ils semblent tous deux se livrer une bataille féroce. Je regarde ce petit jeu en espérant qu'ils s'y épuisent. Ils restent ainsi à 4-5 minutes derrière moi jusqu'à la tombée de la nuit. Je m'arrête pour équiper mon vélo et mon casque de lumières et je les regarde passer tranquillement devant alors que j'apprécie pendant quelques minutes une pause ravitaillement. Je repars cette fois, toujours dans mon rythme en maintenant cet écart. Nous rentrons ainsi tous les trois dans le parc à vélo à quelques minutes de différence après 13 heures de course.

Je m'interroge à ce moment sur les capacités de Richard et de Werner en course à pied. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que je ne peux suivre le rythme qu'ils impriment maintenant en course à pied. Bluff? Je connais par contre mes capacités et je sais par avance que ma médaille de bronze ne tient qu'à un fil. Il y a du monde derrière … De chasseur, je deviens chassé. Vu sous cet angle la situation devient tout de suite plus inconfortable. Une petite quinzaine de kilomètres supplémentaires, les jambes qui commencent à faire un peu plus mal, la foulée qui se réduit, des douleurs gastriques qui apparaissent, la fatigue peut-être et je m'inscris alors dans une spirale descendante. L'équilibre entre la performance sportive, la vie familiale et la vie professionnelle est un équilibre fragile. Le cerveau commence à tourner à l'envers et à ressasser des idées totalement étrangères à la course. Impossible de se recentrer sur l'objectif du jour. Bref, je bascule alors du mode compétiteur au mode finisher.

Je marche maintenant. Le classement n'a plus d'importance. Seul m'importe de franchir la ligne d'arrivée. Courir m'apporterait quand même l'avantage d'écourter cette "souffrance" mais je n'en ai presque plus envie. Marc essaie de me remotiver. Il m'annonce aussi ma dégringolade progressive dans le classement. Cela ne produit aucun effet. La tête n'y est plus. Seule l'absence de toute blessure physique me retient d'abandonner. Le jour se lève de nouveau, les idées s'éclaircissent mais il est maintenant trop tard. Je continue d'avancer jusqu'à la ligne que je franchirais en 16ème position après 13 heures de ce chemin de croix. Les derniers tours me redonnent le sourire mais ce n'est plus un sentiment de réussite mais une simple délivrance. Le naufragé s'est enfin échoué sur la plage. Voilà, ces quelques lignes sont évidemment à mettre en perspective avec le compte rendu rédigé par Marc. Il est certainement intéressant de comparer l'être et le paraître. La seule consolation du jour sera que je grimpe malgré tout provisoirement en troisième position du challenge mondial avec les points recueillis. Il est temps maintenant de se recentrer sur l'essentiel, de régler quelques petites choses et de se relancer … Prochaine compétition dans un mois maintenant.

Mai 2013 - Double Ultra Triathlon Neulengbach - Compte rendu par Marc d'Herde

Le choix d'un équipier support reste toujours un choix délicat et souvent une découverte humaine. De nouveau, j'ai eu la chance de bénéficier d'un équipier de première classe. Je passe sur son passé d'athlète, ses fonctions de coach/entraîneur de fond et d'ultra-fond, son diplôme de masseur sportif et ses qualités de pilotage et co-pilotage ... pour découvrir un autre de ses talents: celui de la rédaction. Je vous livre ainsi son rapport de course pour une lecture croisée avec mon propre compte rendu. Un croisement de perspectives intéressant. Je vous invite par ailleurs à visiter son site personnel: http://www.marcdherde.be/

"Après son exploit sur tapis (48h – 280,4km) et notre association « Massages/Athlète », Ghislain me propose de l’accompagner sur son prochain ultra – double triathlon. Je n’ai pas mis longtemps à réfléchir, j’ai très vite accepté. A notre arrivée sur place, Ghislain me présente Guy Rossi et son épouse Annie. Un petit bonhomme frêle plein d’humour. 65 ans, je sais cela ne se fait pas de donner l’âge des gens, mais cela est voulu. Voici un résumé de son palmarès : Vainqueur toutes catégories de la Coupe du Monde ultra triathlon en 1993, 1997, 1999 – Champion du Monde du déca triathlon à Mexico en 1998 (38km de nage – 3600km à vélo – 422km à pied en 9 jours et 16 heures. Il a parcouru le Monde entier pour participer à ces courses. Guy Rossi est une légende dans le Monde de l’Ultra. Il est connu et reconnu de tous. Pour Ghislain, mon rôle est très simple, lui préparer ses boissons et nourriture durant l’épreuve, l’informer de temps à autres de ses temps et positions dans la course et bien entendu de l’encourager. Samedi 11h00, le départ dans la piscine plein air est donné. Ils sont 6 ou 7 athlètes par couloir. Ghislain qui est dans le couloir des nageurs les plus rapides se place en 3ème position et restera assez régulier dans ses 152 longueurs… 29’59’’ pour le 1er 1900m – 1h02’14’’ après 3800m – 2h11’ pour 7600m. 3’32’’ pour sortir de la piscine, retirer sa combi, enfiler ses chaussettes, ses chaussures, son casque et se rendre en poussant le vélo jusqu’à la fin de zone de transition. Il part en 7ème position à vélo, mais très vite il passera en tête de course. 10h58’ pour 360km soit une moyenne de 32,826km/h. Certains l’appellent la mobylette, seuls Richard Widmer et Werner Steiner chassent derrière à 4’. Après 280km le jour tombe, il est temps d’équiper le vélo de lampes… Ghislain s’arrête et en profite pour manger un bout pendant que j’équipe le vélo et son casque. Les deux poursuivants passent, Pas d’inquiétude, la course est encore longue. Ghislain repart 6 à 7’ derrière les deux premiers. L’écart restera le même jusqu’à la transition vélo/course à pied. Ghislain repart en courant juste derrière Werner qui a 1300m d’avance, mais l’allure est trop rapide, Ghislain laisse filer. Après quelques km, il est pris de nausées, impossible de faire sortir… Il se repose 10’, repart  en marchant, alterne la course et la marche, les nausées ne passent pas. Le jour se lève, il se recouche 5 grosses minutes, Kamil Suran prend la 3ème place. Ghislain repart en marchant seulement impossible de courir. Le moral est atteint, un seul objectif maintenant: terminer !!! Il le fera en marchant se faisant remonter par les autres concurrents. Ghislain termine 16ème. L’exploit est double, tout d’abord physique, 412km parcourus au total et surtout mental, parce qu’il en fallait pour terminer dans de telles conditions. Bravo Ghislain"

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