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Coldwater Culture: Les Barbes Polaires
FEVRIER 2017

Les jours tempérés n’apportent rien à la préparation de l'organisme humain à la résistance au froid et quand les températures d’hiver réapparaissent le corps se retrouve de nouveau totalement désorienté. Nos conditions climatiques et les ambitions physiques de nos aventuriers restent parfois difficilement conciliables et c'est peut être mieux ainsi. Il faut saisir ce qui se présente avec humilité, prendre le meilleur tout en se préparant au pire. Si le climat reste hors de notre contrôle, tout peut par contre être tenté afin de s'en accommoder. Les journées estivales passées ne sont pas restées vaines: elles ont laissé place à de nouvelles explorations, elles ont permis de nouvelles expéditions, elles ont apporté de nouvelles opportunités d’apprentissage. Elles nous ont préparé pour nos sessions d'entraînement d'hiver. 

Un voisin m'interpellait récemment en regrettant l'âge d'or de sa jeunesse où - me disait-il - les aventures étaient entreprises spontanément. "Maintenant, mes enfants rentrent de l'école et restent scotchés à leurs tablettes" me disait-il tristement. Il s’expatrie aujourd’hui dans l'espoir d'offrir de nouvelles opportunités pour ses enfants loin de leurs routines quotidiennes. Il a vendu sa maison, a quitté son emploi et prend maintenant les dernière dispositions avant son départ. J'ai du mal à le comprendre. 

Il y a quelques jours, j'ai parcouru 11 miles avec ma fille de 4 ans en vélo remorqué, exploré une voie ferrée désaffectée, ses tunnels et le ruisseau qui la traverse. Nous avons contourné une retenue d'eau, pique-niqué, puis nous rentrés le long du canal. Ma fille était heureuse le lendemain de raconter tout autour d’elle comment elle avait pédalé tout le chemin "Je n'étais pas fatiguée du tout!" disait-elle. Le lendemain, nous avons fait un tour en barque autour d’un autre réservoir. Ma fille a ramé 4.800 mètres les 5200 du total. Mon autre fille a ramé 1.200 mètres, a fredonné quelques chansons, a joué de l'harmonica et nous nous sommes racontés des histoires sur les voiliers qui croisaient à proximité. J'ai manœuvré la barque dans le chenal d’entrée et nous avons joué avec le courant. Le jour suivant, nous avons roulé à vélo, escaladé des arbres, exploré le cours d'un ruisseau au milieu des bois. Je n’approuve donc pas cette idée d’âge d’or perdu. Il demeure à notre portée avec encore plus de ressources et de facilité que jamais auparavant. Les cartes sont accessibles en ligne et fournissent toujours plus de nouveaux d'itinéraires à parcourir. Les mondes civilisés, les mondes naturels et notre imagination nous offrent des opportunités d'aventure presque illimitées. Les occasions de courir le monde, de l’explorer, de se maintenir en forme, de s’améliorer et de profiter de la vie sont toujours disponibles à peu ou même sans frais. Les écrans tactiles et les divertissements artificiels resteront omniprésents. Des choix peuvent être faits: il n'y a pas de ségrégation nécessaire. 

Samedi dernier, à Folkestone (comté du Kent – Angleterre), le ciel gris et les rafales de vent ne nous ont pas découragés de poursuivre notre conditionnement à l’eau froide. Comme la neige fondue voletait autour de nous, nous sommes entrés rapidement dans l'eau de la baie de Sunny Sands et nous avons un peu nagé. Ghislain allait et venait en tirant des bords le long de la plage avec son enthousiasme habituel, tandis sa compagne Céline et moi nagions plus lentement. Céline a décidé l'impensable: commencer la natation en eau libre en janvier. Avec une attitude bienheureuse de "voir ce qui se passe" et sans grandes attentes, Céline a fait de généreux progrès après quelques immersions avec et sans combinaison. L'eau de la marée entrante perdait quant à elle un peu de sa chaleur en passant sur le sable encore gelé quelques heures auparavant. Des cristaux de glace tombaient du ciel lorsque nous sommes sortis. 

Après notre déjeuner nous avons reçus la visite de notre Enduroman n°17, Neil Kapoor [l'Enduroman Arch to Arc est un ultra-triathlon débutant par une course à pied de 140 kilomètres entre la Marble Arch de Londres jusqu’à Douvres, suivie par la traversée de la Manche à la nage (33,8 kilomètres) et d’un parcours de 290 kilomètre à vélo de Calais jusqu’à l’Arc de Triomphe à Paris]. Neil était venu saluer "Monsieur Big G" juste avant son départ pour la course 6633 Arctic Ultra: une course de 566 kilomètres en semi-autosuffisance le long de la Ice Road reliant Klondyke à Tuktoyatuk (Canada) et rejoignant le cercle artique. 

N’ayant pas apporté d'affaires de natation car n’ayant aucune intention de nager, nous avons réussi à la convaincre sans trop le forcer. J’ai toujours des affaires de rechange à portée de main pour une session d’entrainement sortie du chapeau. Après quelques mots bien choisis, et par nostalgie de ses entraînements passés, Neil s’est ainsi laissé convaincre afin de plonger dans les eaux fraîches le long 

de la plage de la Rotunda. Je leur ai raconté à tous deux des histoires stupides d'escapades passées. "Cela ressemble à une histoire qui va durer plus de cinq minutes" a déclaré Ghislain "et cela ne devrait être qu'une histoire de trois minutes pour atteindre nos dix minutes d'immersion". Je n'ai pas d’histoires de trois minutes … mais j’ai fait de mon mieux, relatant une immersion hivernale solitaire qui s’était transformée en une nage de 1.200 mètres en mode survie. "Seul je me mets en danger" pensai-je. Ma voix intérieure me dit toujours que ce que j’ai réalisé est insuffisant. Avec d’autres, je suis plus mesuré. "C’est pour cela que j’aime vous avoir près de moi" ai-je déclaré. Nous sommes sortis tout sourire après onze minutes d’immersion: quelques aptitudes supplémentaires dans notre plan de conditionnement. Les unes après les autres, ces petites gouttes renforcent nos individualités et nos capacités de confiance. Neil et Ghislain s'échangent des vœux de pleine réussite pour leurs respectives aventures à venir. Je m'émerveille de la chance d'avoir des amis impliqués dans de si grandes choses. Ce coin du monde est un endroit remarquable. "Ce sont des choses dont nous nous souviendrons quand nous serons vieux" dis-je à Neil sur le chemin de retour vers notre hôtel. 

Le dimanche, le ciel s’était encore assombri. Il y avait cette fois un début de gelée, mais plus de neige. Sur notre chemin vers Sunny Sands, le ciel s’est quelque peu éclairci. Les nuages ont redoublé leurs efforts pour laisser enfin apparaitre le soleil. J'ai plaisanté en déclarant que cela ajoutera un dixième de degré de chaleur... Il y avait plus de sable sur la plage aujourd'hui. Le vent s'était déplacé Nord Est de sorte que quelques vagues de taille déraisonnable s’écrasaient sur la plage, arrachant presque nos lunettes de natation pendant que nous poursuivions notre acclimatation. Céline avait renoncé à sa combinaison adoptant une position de survie mais trouvant les vagues difficiles. J'ai regardé l'horizon sombre, racontant l’une de mes baignades ensoleillée quelques années auparavant en décembre, au fond de la baie avec Glenn, Hanno, Ali et John. "Je regardais du côté de la France et je me demandais si je pourrais" dis-je à Ghislain. "Maintenant je regarde toujours au-delà en me demandant comment j'ai fait." "Jamais plu …" a-t-il répondu en souriant. Ghislain y retourne de nouveau, pour un aller-retour cette fois. Il voit les choses en grand. 

Les frissons ne sont pas venus aujourd'hui et lorsque nous sortions de l'eau la mer montante détruisait le château de sable de mes filles. C’était l’heure des au-revoir. J'ai ensuite passé une petite heure avec Alan Taylor, un nageur quotidien de Folkestone et avec Peter Jurzynski, l’homme aux 14 traversées de la Manche. Les cadets de la Royal Air Force sont passés devant nous en défilant tout en chantant Old King Cole à moins que cela ne soit Old King Cold. 

(adapté d'un texte de Dan EARTHQUAKE. Version originale en anglais: http://www.xchallenge.be/en/blog/coldwater-culture.html)

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