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Interview ultra-athlète Ghislain Maréchal: traversée de la Manche
AOUT 2015

Interview ultra-athlète Ghislain Maréchal: traversée de la Manche

 

En juin 2015, Ghislain Maréchal a traversée la Manche à la nage. Nous avons lui posé quelques questions à propos de ce voyage remarquable et tout que ça implique.

Avez-vous dû modifiervos habitudes alimentaires dans la période précédant cette performance?

Oui, tout en gardant ma structure et les principes généraux de mon régime alimentaire. Il est important de stocker le maximum d’énergie avant de se lancer dans une telle aventure. J’ai donc augmenté largement mes rations de sucres lents et multiplié le nombre de prises alimentaires les jours précédant mon départ.

Qu'est-ce que vous mangez pendant une journée ‘normale’ ? Une journée sans vous entrainer ?

Mon régime alimentaire est assez simple : je mange de tout sauf … des produits industriels, des sucreries et j’évite tous les aliments avec des sucres, du sel ou des graisses cachées. Beaucoup de fruits, de légumes, au moins une ration de protéines (poissons ou viandes, des laitages) par jour.

Est-ce que vous avez mangé quelque-chose pendant votre traversée ? Comment ?

Une alimentation solide et liquide toutes les 45 minutes. Deux minutes d’arrêt toutes les quarante-cinq minutes, cela fait 45 minutes de plus à la fin de la traversée … Il a donc fallu limiter les temps perdus lors des ravitaillements au maximum. Mon alimentation liquide était composée en alternance de boissons chaudes Carbogy et d’Energy gels Ginseng & Guarana mélangés avec du thé, des Sport Bar et des morceaux de cake au gingembre pour l’alimentation solide.

L’effort a été difficile on imagine, mais était-ce plus difficile mentalement ou physiquement? Avez-vous pensé à arrêter?

J’ai effectivement pensé abandonner après 11 heures d’effort. J’ai éprouvé quelques problèmes digestifs dus à l’ingestion d’eau de mer. Ma prise alimentaire a été modifiée et j’ai perdu un peu la motivation. Mes équipiers m’ont alors remotivé et après avoir bataillé contre moi-même, le cerveau a repris les commandes du corps.

A quoi avez-vous pensé pendant la traversée ? A des choses philosophiques, aux tâches ménagères ou au repas du soir ?

Je suis resté assez concentré sur ma technique de nage pendant ces 16 heures, car sur une telle durée, la qualité de nage peut durablement se détériorer et donc générer des efforts supplémentaires. Pour les dernières heures j’ai principalement mentalisé mon arrivée sur une belle plage de sable. J’ai aussi pensé à pleins d’autres choses qui me sont plus personnelles mais je garde cela pour moi.

Combien de kilomètres supplémentaires est-ce que vous avez dû faire à cause des courants ?

C’est une question difficile à répondre. La distance de traversée de la Manche est de 34 kilomètres. Ma trace pour la traversée est approximativement de 55 kilomètres. En fait je n’ai pas toujours nagé contre ou avec les courants. La Manche est une énorme masse d’eau qui se déplace. C’est un peu comme marcher parfois dans un train en mouvement …J’ai donc nagé entre 34 et 55 kilomètres dans une énorme masse d’eau en mouvement.

Qu’est-ce que vous portez pendant une traversée comme cela ? Il fait froid dans l’eau ?

La température de l’eau était en moyenne de 14°C. Dans l’eau, à cette température, la déperdition thermique est extrêmement importante. Le maintien de la température du corps est un élément essentiel, cela demande beaucoup d’énergie. Le port d’une combinaison néoprène de triathlon m’a permis de limiter fortement ces pertes énergétiques.

Le régime alimentaire d’un ultra athlète varie-t’il beaucoup de l’alimentation d’un coureur de 20 km ?

Oui et non. Les apports en termes qualitatifs restent les mêmes. Les quantités doivent par contre être adaptées à la dépense énergétique. La dynamique d’utilisation des filières énergétiques pendant l’effort est aussi très différente. Je suis uniquement dans des dépenses de type aérobie : je puise donc beaucoup d’énergie dans mes graisses et pendant longtemps. Je n’ai pas de problème de gestion de poids, donc je n’ai pas besoin de me rationner en termes de quantité.

Quelle est la partie la plus importante de votre alimentation? 

L’eau supplémentée en magnésium.

Comment faites-vous pour avoir suffisamment de nutriments comme les protéines et les glucides ? Prenez-vous aussi des suppléments ?

Je n’ai aucun rationnement en termes de quantités. Je fractionne mes prises alimentaires avec trois repas et deux collations. Je complémente généralement avec des produits énergétiques lors de mes sorties d’une durée supérieure à deux heures. Je m’attache à reconstituer rapidement mes réserves avec une boisson de récupération après l’effort. Je prends aussi des suppléments en acides aminés, des anti-oxydants et du magnésium de façon régulière sous forme de cures.

Qu’est-ce que vous faites pour vous détendre après un tel défi ?

J’accorde beaucoup de temps avec la famille et les amis.

Avez-vous des rituels avant de vous lancer de tels défis?

Je n’ai pas véritablement de rituel. Je prends énormément de temps à préparer mes affaires, car j’ai toujours peur d’avoir oublié quelque chose. Je m’assure aussi de bien briefer mes équipiers, car ils jouent un rôle essentiel dans mon accompagnement et ma réussite et je mentalise beaucoup sur mon objectif et les différents scénarios pour l’atteindre.

Est-ce que cela vous arrive de ne pas avoir envie de vous entraîner? Qu’est-ce que vous faites alors ?

L’entraînement pour la traversée de la Manche est un entraînement très spécifique. J’ai adopté un système de sorties très longues à l’entraînement avec de longues périodes de repos entre chaque séance. Cela ne sert à rien de se fatiguer tous les jours. Il faut travailler son endurance tout en essayant au maximum de garder sa vitesse. Il faut aussi prévenir le risque de blessure dû à de fortes charges d’entraînement. J’ai écouté mon corps. Si mon corps me demandait une journée de repos supplémentaire, je lui ai accordé. Mieux vaut une belle séance d’entraînement de qualité à pleine capacité qu’une séance moyenne.

Avez-vous quelque-chose à dire aux autres athlètes qui veulent se lancer dans un tel défi ?

« Rien de grand n’est facile » a déclaré le Capitaine Matthew Webb, premier homme à avoir réussi la traversée de la Manche en 1875. Il faut mettre toutes les chances de son côté. Il faut adapter son volume d’entraînement, il faut nager dans des conditions réelles, dans de l’eau froide, dans de l’eau salée, dans les vagues, il faut se placer dans des conditions de stress à l’entraînement et penser au pire des scénarios … mais il faut surtout apprendre à se connaître soi-même.

 

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